Interview de Françoise ERIKSEN
Enseignant référent de scolarité
Ancienne formatrice à l’IUFM de Paris
Auteur du Bon Sens des Images

En maternelle, les images séquentielles sont un support d'activité fréquemment utilisé pour développer les compétences langagières (expression orale, enrichissement du vocabulaire, structuration du récit, etc.), mais aussi les compétences de repérage spatio-temporel. Il s'agit en effet de repérer les liens logiques entre des images et de les remettre en ordre chronologique.
À l'occasion de la parution du nouvel Atelier Le Bon Sens des Images, Françoise Eriksen nous apporte des éclairages, des réponses et des pistes de réflexion quant à l'utilisation de ces supports avec les élèves.

Pourriez-vous préciser les objectifs pédagogiques et les spécificités de votre atelier ?

« L'atelier a pour objectif d'aider les élèves à dépasser la simple description d'images, et de les amener à construire de petits récits dans lesquels s'enchaînent plusieurs actions dans un ordre logique. Il faut donc qu'ils puissent repérer cet ordre logique et mettre en mots les différentes scènes qui se suivent. Pour atteindre ces compétences, l'atelier présente trois grandes spécificités :
- Il propose de commencer par des séries de 2 images. Ces séries vont permettre de travailler les notions spatio-temporelles de base, essentielles à la compréhension de la suite logique, mais difficiles à acquérir pour les plus petits : ce sont des notions telles que « avant, après, d'abord, ensuite, la première, la deuxième image, etc. ».
- Les illustrations, tout en étant attrayantes, sont sobres mais dynamiques (dans les mouvements ou attitudes des personnages) pour permettre aux enfants d'en percevoir l'essentiel, en particulier les actions des personnages.
- Enfin, l'atelier comporte des planches supports qui constituent une aide pour les élèves en leur apportant des repères dans la construction des suites d'images (fléchage gauche -> droite, numérotation des cases). Deux types de planches sont prévues : les unes comprennent une image déjà illustrée où l'élève viendra compléter la suite ; les autres sur lesquelles l'élève pourra construire entièrement la suite logique sont vierges. »

Vous insistez sur l'importance de faire progresser les élèves « pas à pas ». Comment cette priorité est-elle concrètement mise en œuvre dans la démarche de l'atelier ?

« Placer plusieurs images dans un ordre logique et raconter l'histoire reste un exercice difficile pour beaucoup d'élèves. D'où l'importance d'une progression rigoureuse entre les séries :
- d'une part par l'introduction progressive d'une image supplémentaire pour les séries de 3 puis 4 images. Ainsi, chaque suite peut être réalisée dans un premier temps avec 2 images, puis la troisième image vient compléter le récit, de même pour la série de 4 images. Cette progression permet de faire réinvestir à la fois le vocabulaire déjà travaillé et la compétence de mise en ordre déjà exercée sur 2 puis 3 images ;
- d'autre part avec l'utilisation des planches supports où une image est illustrée à une place différente (début, milieu, fin). Ceci permet d'éviter que les élèves posent les images de façon aléatoire et les encourage, au contraire, à appréhender l'ordre logique en étant en situation de recherche, de questionnement, d'observation et en s'appuyant sur des indices à partir de cette image. Cette étape semble essentielle pour aider les élèves à mieux comprendre une activité qui demande simultanément la mise en ordre d'images et la construction d'une histoire. »

Comment peut-on aider les élèves à comprendre et formuler les relations temporelles et causales ? Pourriez-vous nous donner un exemple à partir d'une série d'images ?

« L'accompagnement de l'enseignant est ici primordial. C'est lui qui vérifie si l'enfant a bien compris l'enchaînement logique des images et qui l'aide à trouver la bonne formulation si son expression n'est pas encore très élaborée ou à enrichir sa production langagière.

Mais l'enseignant pourra faire émerger le « parce que » en demandant pourquoi Sami souffle sur son bol de soupe. L'élève pourra ainsi formuler l'action de la maman qui a ouvert la cage. »

Quels prolongements peut-on mener une fois l'histoire bien connue des élèves ?

« Il ne faut pas hésiter d'abord à proposer plusieurs fois les mêmes suites logiques à différentes périodes de l'année et à évaluer régulièrement les acquis des élèves. Pour cela, l'enseignant pourra se reporter au tableau récapitulatif des verbes d'action et des notions spatiales figurant dans le livret pédagogique. Les différentes scènes illustrées permettent par ailleurs de travailler un lexique varié.
De nombreuses activités à partir d'une histoire déjà connue pourront être également mises en place :
- compléter une histoire, rajouter des scènes ;
- changer la fin, imaginer un autre début ;
- inventer une histoire avec le même début ou en changeant les personnages ;
- travailler sur des suites en augmentant le nombre d'images. »

Quelques points de repère sur la description d’une image…

- Pour établir et exprimer les relations entre deux ou plusieurs images, il est important de pouvoir décrire chaque image. Décrire, c'est énumérer au moyen d'un vocabulaire précis les objets, les personnages, les actions, les lieux, le temps qui caractérisent l'image.

- Les images choisies peuvent représenter :
des situations de la vie quotidienne : le lever, la toilette, l'habillage, les repas, les jeux, la sortie de l'école, etc. Une situation de vie connue des enfants favorise leur envie de s'exprimer. Elle les aide également à se repérer dans la chronologie des différentes étapes ;
des thèmes documentaires : la croissance, les étapes de la vie, le cycle des saisons, les plantations, la fabrication d'un objet, etc. L'expérimentation et la manipulation préparent les élèves à décrire les images et à reconstruire une chronologie en utilisant des mots qui auront été découverts auparavant ;
les épisodes d'une histoire, connue des enfants ou non. Dans tous les cas, si un élève trouve un autre ordre chronologique que celui initialement prévu, il le justifie auprès de l'enseignant ou des autres élèves.

- Il est important de choisir des grandes images, « lisibles », colorées et variées de manière à apprendre progressivement aux enfants à « voir » les choses, à prélever des indices pertinents et à nommer avec précision.

> Le Bon Sens des Images

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